Pourquoi François Deguelt n'a jamais eu sa place, celle qu'il méritait, dans le show-biz.

Publié le 31 Janvier 2014

On peut se demander comment il se fait que François Deguelt ait traversé 60 ans de carrière sans émerger jamais vraiment hormis le succès rencontré avec "le ciel, le soleil et la mer".

 

Il est des hasards heureux, d'autres moins. François débute au début des années 50 et aussitôt du moins très vite on remarque sa voix, puissante, juste, virile et douce à la fois. Il ne se passe pas cinq ans avant que de partout dans "le métier" on considère qu'il est plus que prometteur, d'ailleurs il enchaîne les succès. A l'époque on aime les belles voix et tout le monde s'accorde à dire qu'il a sans doute la plus belle du lot. Si l'on n'avait pas inventé les croooners avant lui, on l'aurait fait pour lui.

Hélas en France les crooners auront, et ont encore, une vie difficile...

 

Parce qu'en France il faut chanter "intelligent", Léo Ferré par exemple attire des maniaques déjà de son style (années 50), il aura assez vite ses fans pour ses textes engagés, Brel alors débutant saura aussi captiver, grâce d'ailleurs à François avec qui il devient ami et qui lui permet de se produire dans un cabaret parisien. Les Sablon, les Claveau sont appréciés mais François lui est entre deux chaises, trop jeune pour être crédible, trop crooner pour être intéressant.

 

Les producteurs, tout puissants et décideurs vont enfermer François Deguelt dans un rôle qui jamais ne le quittera, malgré les tentatives qu'il aura de casser cette image.

 

Alors pour vivre de son métier, François Deguelt pliera et fera ce qu'on attend de lui, il enchainera avec succès d'ailleurs des slows où sa voix majestueuse fera merveille mais son plus grand succès sera aussi son plus grand carcan, "le ciel, le soleil et la mer". Une fois dans sa carrière sans être explicite tout en l'étant pour les initiés il reniera ce titre qui lui colle à la peau, cette bluette qu'il avait écrit un peu par moquerie des yéyé dont définitivement il n'est pas. Souvenez vous de cette photo mythique de "Salut les copains", François n'y figure pas...

 

Il est ailleurs, lui le poète et fin lettré, il est déjà dans les îles, toujours dans les livres, définitivement dans son univers d'amour et d'amitié, loin du show-biz dans lequel il ne se reconnait pas mais qu'il cotoie par obligation.

 

Inclassable. Voilà en fait ce qu'il est. Capable d'écrire des textes puissants, forts en émotion et cantonné à passer à la télé pour seriner un slow certes implacable, on ne saura jamais si on ne l'a vu en concert de quoi il retournait vraiment.

Un formidable conteur, qui invitait au voyage comme le faisait Rimbaud, un poète dans son désert, sa traversée nous fumes nombreux à en être témoins...

 

Jamais et c'est sans doute pour cela qu'il aura disparu tôt du show-biz, il n'aura abdiqué, il aura toujours chanté ce qu'il a voulu, quand il ne l'a pas pu, il est parti, "le plus loin possible, qu'il vogue mon bateau"....

 

Nous n'aurons sans doute jamais une intégrale de Deguelt, elle serait pourtant intéressante car elle recouvrerait 60 ans de chansons et Dieu seul sait puisque désormais il a la chance d'avoir un poète de plus à ses côtés que la richesse du répertoire de François Deguelt est finalement incomparable comme l'a été sa carrière.

 

Il est impossible d'illustrer cet article avec une chanson justement. Il en faudrait cinq ou six différentes.

On ne peut pas dire qu'il y a un style "Deguelt" et artistiquement c'est quand même la preuve d'une constante évolution, d'une remise en cause, d'une recherche, d'une liberté.

 

François Deguelt aura eu le luxe d'être un artiste libre, libre de chanter ce qui lui plaisait, libre de ne pas plaire mais de rester populaire. Certes, "le ciel, le soleil et la mer" a permis ça mais jamais on ne pourra le réduire à ça.

 

Après tout on connait tous un poème de Baudelaire mais pas dix et on ne saurait résumer Baudelaire à un seul poème.

 

Et puis François Deguelt a toujours fait passer sa vie d'homme avant sa carrière, comment lui en vouloir ?

Pour tous ceux qui ont eu la chance de lui serrer la main et de parler un instant avec lui, ils savent mieux que les décideurs du show-biz à quel point il était à la fois un vrai artiste modeste, un artisan comme il aimait à le dire et un homme formidable.

 

Il restera à jamais un vide dans le "music hall" tant qu'on n'aura pas mis François Deguelt au firmament des vrais artistes.

 

Qui le fera ?

 

 

 

 

 

Rédigé par Nicolas

Publié dans #Articles

Repost 0
Commenter cet article

louis chevalier 19/05/2014 17:47

Les francais n aiment pas les crooners et c est bien dommage francois avait une voix chaude et belle de plus c etait un homme formidable de gentillesse et de simplicite salut l artiste

NESTY Monique 11/02/2014 23:13


un crooner, un vrai, des chansons si parlantes  le petit bal de la marine, paris c'est trop loin de la mer, la vie à deux, My lovely love et tant d'autres encore.......depuis l'adolescence
j'ai aimé cette voix chaude ces chansons qui parlaient de tout , qui racontaient la vie. le 33 tours en vinyl que je possède est un vrai trésor.


Adieu à ce vrai chanteur

ghislaine robin 02/02/2014 00:01


Il est vrai que d'autres de ses chansons sont magnifiques et comme Gérard Berliner il n'a pas eu la reconnaissance méritée , des voix et un talent que beaucoup n'ont pas et qui pourtant font
parler d'eux .Mais qu'importe ils avaient leur public , j'ai aimé ces deux artistes et je leur reste fidèle même si j'apprécie d'autres artistes . Bravo Messieurs !!!